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Le bouddhisme est-il, oui ou non, une religion ?

Impossible de trancher la question tant les avis et les points de vue diffèrent. Cette interrogation est d’autant plus difficile à résoudre à partir du moment où est prise en compte la présence de divinités appelées "yidam". Tels Tara, Chenrezig ou encore Mahakala, ces divinités pourraient laisser supposer que le bouddhisme soit, en quelque sorte, une religion polythéiste. Mais il n’en est rien.

Les propos d’Han F. de Wit, chercheur à l’Université de Californie et au Naropa Institute, sont particulièrement éclairants à ce sujet. Comme il le rappelle, le Vajrayana (comme le Theravada et le Mahayana) accorde une place importante à la méditation. La pratique de celle-ci diffère néanmoins des deux autres courants par l’introduction de visualisations de l’état éveillé. Les méditations dans le Vajrayana comportent un langage imagé, transmis par le maître à son disciple. Ce langage comporte notamment des "yidam", qui sont des représentations anthropomorphiques (à connotations humaines), attribuées à chaque élève en fonction de son caractère et de la tradition à laquelle il appartient. Chaque yidam possède un type de méditation et un rituel spécifiques, visant à ranimer la nature de Bouddha qui réside en chacun.

Les yidam, déclinés entre autres sous formes de dessins, thangkas (peinture sur toile) et statues ; ne sont, comme l’explique Han F. de Wit, "que des projections de notre esprit, crées sciemment, que nous faisons disparaître lorsque nous avons réalisé avec leur aide ce dont elles sont la représentation : l’état éveillé même".

Comme le rappelle le chercheur, "par analogie avec des notions chrétiennes, les Occidentaux pensèrent que ces êtes étaient des sortes d’anges, chargés d’aider ou de protéger les humains. Ou bien encore qu’ils étaient semblables aux dieux de la Grèce antique ou de l’hindouisme. Mais tous les courants bouddhiques – y compris le Vajrayana – se présentent eux-mêmes comme des traditions non-théistes, qui refusent l’existence de Dieu ou de dieux doués d’une réelle importance".

Deux exemples de yidam :

Tara
Même si un yidam n’est qu’une projection mentale visant à faire progresser le méditant, il arrive néanmoins fréquemment qu’un yidam provienne d’une ancienne légende.

Comme le racontait Bokar Rimpotche, lama tibétain, « l’histoire de Tara commence voici des âges incalculables, dans un monde où vivait Bouddha Son du Tambour. L’une des filles du roi d’alors, portant le nom de Lune de Sagesse, témoignait d’une grande foi et d’une grande dévotion à l’égard de ce Bouddha. Elle décida un jour de prendre le vœu de bodhisattva, afin d’accomplir le bien des êtres de manière infinie. Les moines se réjouirent et lui conseillèrent de prier afin d’obtenir dans une vie future un corps d’homme, qui lui permettrait de servir les êtres ainsi que le dharma beaucoup mieux que dans une existence de femme. Mais elle argumenta que nombreux étaient ceux qui suivaient le chemin dans un corps d’homme, peu dans un corps de femme. Elle fut donc la promesse de garder son apparence. Sa pratique lui permit ensuite de réaliser la vérité ultime. Désormais devenue une déesse, elle établit chaque jour des millions d’individus sur le chemin de l’éveil ».

En dehors de la petite histoire, il est à noter que Tara possède 21 représentations différentes, la plus fréquente étant Tara verte, avec son mantra : Om tare tuttare ture soha.
Padmasambhava
Tel que l’explique Philippe Cornu, président de l’Université Bouddhique Européenne, Padmasambhava représente davantage que le personnage historique dont les tibétologues reconnaissent un bref passage au Tibet au VIIIème siècle ou au début du IXème siècle. En effet, l’explication de son impact et la dévotion dont il jouit au Tibet dépassent le bref séjour qu’il a opéré sur ces terres.

Padmasambhava est vite devenu le symbole vivant du bouddhisme tibétain, le Maître par excellence. A celà, Alain Grosrey ajoute que, pressentant que le Dharma (les enseignements du Bouddha) était à l’époque menacé, Padmasambhava aurait caché de nombreux enseignements sous forme de trésors spirituels, en divers lieux secrets. Ses futures réincarnations auraient été chargées de les retrouver et d’en révéler le contenu, lorsque les périodes se montreraient plus propices. Il existerait encore aujourd’hui des enseignements latents, non révélés.

Son mantra : Aom Vadjra Gourou Padma Siddhi Houm.



VANGILBERGEN Pierre