Moine tibétain exilé depuis 1959, Lama Yeshé Losal Rimpoché est aujourd'hui le responsable des centres Samye Ling d'Europe. Alors qu'il se prédestinait dans sa jeunesse à devenir un méditant solitaire retiré dans un monastère, son frère aîné, le Dr. Akong Tulku Rimpoché, l'a encouragé à enseigner ses expériences dans les différents pays de l'Europe. Doté d'un grand sens de l'humour et d'une joie de vivre communicative, le Lama propose des pistes afin de vivre au mieux le quotidien.
Comment pourriez-vous expliquer la notion de réincarnation à un occidental ?
Cette notion n’est pas facile à expliquer car elle est difficilement compréhensible en Europe. Pour faire simple, on peut dire que le bouddhisme considère la réincarnation comme étant synonyme de continuation, car l’esprit de bouddha que nous avons en chacun de nous n’a pas de frontières. Le corps a simplement une fonction de réceptacle.
Comment décririez-vous la notion de bonheur ?
Chaque humain part toujours à la recherche du bonheur tout en essayant de satisfaire ses envies. Si nous n’avions pas cela, la vie n’aurait pas de sens. En tant que futur, vous aurez certainement une belle vie emplie de joies, d’une belle famille et d’un bon boulot. Mais vous aurez toujours à entretenir votre esprit. Car la source de la joie provient de l’esprit, et si l’esprit n’est pas heureux, vous ne le serez pas également !
Selon vous, le bouddhisme est-il plus une religion ou une philosophie ?
Le bouddhisme sera toujours ce que vous voulez qu’il soit ! Si vous le prenez comme une religion, il sera une religion. Si vous le considérez comme une philosophie, il deviendra une philosophie. Mais ce qui est réellement important, c’est de prendre conscience que le bouddhisme inculque que n’importe quel être vivant pourrait être votre père ou votre mère. C’est pourquoi, en tant qu’être humain, vous ne devrez jamais accepter de voir un autre être humain en état de souffrance. La pratique du bouddhisme amène la personne à prodiguer de la compassion, de l’amour et de lui permettre de pardonner. Le bouddhisme n’a jamais dit « le dharma (l’enseignement) du Bouddha est la seule et unique réponse » ou encore « les autres religions sont mauvaises ». Tout ce que le bouddhisme enseigne, c’est que chaque personne à le potentiel en lui-même pour être une bonne personne.
Pensez-vous qu’un jour vous puissiez avoir l’opportunité de retourner au Tibet, votre terre natale ?
Si je peux un jour retourner au Tibet, ce sera une bonne chose. Mais si jamais je n’en ai pas l’occasion, ça ne fait rien ! Je suis aujourd’hui un Lama, et chaque pays est un peu mon pays. Si mon entourage est heureux, alors je ne peux qu’être heureux.
Comment pourriez-vous expliquer l’attrait grandissant qu’éprouve le monde occidental pour le bouddhisme ?
Je pense que c’est dû au faut que le monde occidental, et ce depuis des milliers d’années, recherche sans cesse à faire des progrès concernant le bien être de l’humain, tel que gagner beaucoup d’argent, avoir de plus en plus de libertés ou encore avoir le meilleur job possible. Les efforts sont toujours concentrés sur un meilleur bien-être, mais cette attente pousse également bien souvent les gens à ne jamais apprécier ce qu’ils ont. En fin de compte, on peut se rendre qu’ils ne sont pas plus heureux mais qu’au contraire ils sont beaucoup plus préoccupés et stressés. Ils disent tout le temps que l’argent, la position sociale et le pouvoir permettront d’avoir une vie meilleure. Mais cela ne satisfait pas tout ! C’est pourquoi le bouddhisme peut aider en « reconstruisant le pont manquant », et dès lors devenir très populaire. Mais le bouddhisme s’adresse aux personnes intelligentes, dans le sens où il permet à tout un chacun d’analyser et de débattre. Il ne dit pas « vous devez croire en ceci ou cela », il n’y a aucune imposition ! Si vous étudiez consciencieusement, cela devrait petit à petit faire sens pour vous.
Que pensez-vous de la future reconnaissance officielle du bouddhisme en Belgique ?
J’espère sincèrement que le bouddhisme sera reconnu, car si d’autres religions ont été reconnues, je ne vois pas pourquoi le bouddhisme devrait être discrédité. D’autant plus que les enseignements bouddhistes sont tous basés sur la compassion et le pardon, tout en incorporant les traditions, la culture et la philosophie de la Belgique. Je pense que d’ici peu, le bouddhisme sera accueilli dans beaucoup de cœurs.
Quels conseils aimeriez-vous donner aux occidentaux ?
Le meilleur conseil que je pourrais leur donner est d’apprécier ce qu’ils ont. Parce que la plupart du temps, les gens oublient tout ce qu’ils possèdent, notamment la chance de pouvoir vivre dans ce monde. Il est rare qu’on pense « je suis heureux, j’ai une belle maison, un chouette job et de belle opportunités ! ». Les gens ne se rendent pas souvent compte à quel point ils ont de la chance !
Et finalement, selon vous, comment peut-on agir avec équanimité tout en étant sincère ?
Selon la philosophie bouddhiste, le but de l’âme de chaque bouddhiste est de servir ceux qui en ont besoin, tout en ne se basant pas sur soi-même. A partir de cela, vous avez les qualités nécessaires afin de ne pas à chaque fois juger ce qui est bon ou mauvais, tous vos souhaits pouvant être orientés à aider ceux qui en ont besoin. Mais tout en espérant pas recevoir quelque chose en échange ! Quand l’Europe va mal, c’est bien souvent parce que tout est centré sur soi-même et sur ses propres motivations, en regardant uniquement ce qui nous intéresse et en ne faisant plus attention aux autres personnes… c’est pourquoi beaucoup de choses vont si mal ! Si nous pouvions être plus concernés par le sort des autres êtres vivants, les choses seraient davantage plus faciles.
Interview réalisée en anglais le 28 septembre 2008 à Bruxelles, traduction libre
Source de la photo ci-dessus : © Samye Ling