Le 20 juillet 2008, le centre Yeunten Ling, situé à Huy, a célébré ses vingt-cinq années d’existence. L’occasion était propice pour poser quelques questions au bourgmestre de la ville, Anne-Marie Lizin, afin de recueillir son avis sur le centre de philosophie orientale.
Selon vous, quels sont les apports du centre bouddhiste à la ville de Huy ?
Je pense que le centre bouddhiste tibétain offre un réel renouveau culturel. Un simple exemple : parmi les personnes qui viennent au centre Yeunten Ling, il y a des laïques très engagés, mais aussi bon nombre d’autres personnes qui sont des catholiques. Yeunten Ling suscite un phénomène de curiosité qui est encore loin d’être tari.
La ville de Huy offre-t-elle des subsides à Yeunten Ling ?
Non, aucun subside n’est alloué. De toute façon, je ne pense pas qu’ils en aient besoin. Les bouddhistes sont aujourd’hui formellement reconnus par l’Etat belge, mais ils ne sont pas encore dans un processus de demande d’argent. Et il faut reconnaître qu’en Belgique, la situation est encore un peu floue à ce propos. Ce qui n’est pas le cas par exemple en Allemagne, où les habitants peuvent choisir pour quel culte ils désirent donner une partie de leurs impôts. Mais nous n’en sommes pas encore là.
Vous souvenez-vous de votre réaction, il y a vingt-cinq ans, lorsque les responsables de Yeunten Ling sont venus vous parler de leur idée d’instaurer un centre bouddhiste dans votre ville ?
Tout à fait ! Nos premiers contacts ont été des contacts de type policier et urbanistique. Il faut reconnaitre qu’aujourd’hui, les responsables du centre tibétain ont très bien remis en ordre ce château qui risquait quand même gros, puisqu’il n’y avait plus d’habitants depuis un petit temps ! Une de nos préoccupations était évidemment de préserver le style du château. Mais les contacts entre nous se sont très bien déroulés. Les responsables ont été très aimables et sont toujours venus présenter leurs projets de façon très cordiale.
Mme Lizin, êtes-vous croyante ?
Non, du tout.
A votre avis, que pourrait apporter le bouddhisme à la Belgique ?
Tout d’abord une connaissance de l’Asie, de la façon dont vivent et pensent une multitude d’êtres humains sur le globe terrestre. Il s’agit d’une culture extrêmement ancienne, plus ancienne que les cultures issues de la Mésopotamie. C’est une toute autre façon de développer son cerveau, et donc à partir de là, une autre façon de se comporter avec les autres. D’un autre côté, il y a aussi des croyances qui, pour des non-croyants, sont difficilement crédibles. Mais on peut retrouver cela dans n’importe quelle croyance ! Seulement, à partir de ce moment là, on se dit : gardons les éléments de philosophie, pour les éléments de type réincarnation ou résurrection, laissons leur croire s’ils le veulent !
Quelle a été votre réaction lorsque le Dalaï Lama vous a apporté son support lors des élections précédentes ?
Un grand honneur. Les relations avec le Dalaï Lama et la ville de Huy se sont toujours très bien passées. D’autant plus que le Dalaï Lama bénéficie d’une invitation permanente de ma part et de celle de la ville : il peut y venir quand il le veut. Il est également important de se rendre compte que Yeunten Ling est un centre bouddhiste tibétain, c'est-à-dire donc que le retour du Dalaï Lama dans son pays d’origine représente un combat supplémentaire pour eux.
N’avez-vous pas subi des pressions lors de ces précédentes venues ?
Bien sur que si, j’ai subi des pressions à chaque fois ! Et j’ai toujours résisté ! Lors de sa première venue, j’étais secrétaire d’Etat et la pression était maximale. La deuxième fois, j’étais simple sénatrice mais les pressions étaient les mêmes. Et puis la dernière fois, j’étais présidente du Sénat et là, cela a vraiment été terrible. Mais à chaque fois il a fallu dire non !
Vu les récents affrontements au Tibet, pensez-vous que le Dalai Lama puisse à nouveau revenir en Belgique ?
Cela ne posera pas de problème. En plus de son invitation permanente, il y a suffisamment de sénateurs qui maintiendraient une invitation à haut niveau afin que cela soit une invitation très large en Belgique. Certes, nous avons eu des hauts et des bas avec les venues qui ont parfois dû être postposées, à cause notamment d’un voyage royal en Chine il y a quelques temps. Mais lors de ses venues, le Dalaï Lama a toujours manifesté une subtilité diplomatique complète ! Dans chaque pays d’Europe, il doit toujours faire face à des pressions, mais il réussit à chaque fois.
Interview réalisée le 20 juillet 2008 à Huy
Source de la photo : © Guy Goossen - Sénat de Belgique