Dr. Akong Tulku Rinpoche, vous qui êtes médecin, comment pensez-vous que l'on puisse efficacement concilier bouddhisme et médecine ?
Le bouddhisme, plus précisément dans la tradition Mahayana, est basé sur une pensée omniprésente centrée la compassion, à chercher comment aider les gens et à leur être utile. Je pense que pour les soigner, il faut leur apporter de l'aide physique mais également de l'aide mentale. C'est pourquoi il existe aujourd'hui des médecins « à part » qui ne pensent pas uniquement à l'argent et aux revenus financiers, mais sont plus centrés sur l'aide à apporter aux autres. Je pense que si vous voulez guérir certaines maladies physiques, vous devez également comprendre l'esprit dans lequel est le patient.
Que pensez-vous de l'avortement ?
La première chose à dire, c'est que dans le bouddhisme, vous devez essayer de limiter les relations sexuelles. Parce qu'en ayant de multiples relations, vous augmentez à chaque fois le risque de propager des bactéries. Je sais que nous sommes des humains et que nous aimons pratiquer de multiples expériences, mais si vous êtes capables de vous limiter, ce sera certainement mieux.
La seconde chose, c'est que nous devons « procréer » et non « concevoir ». Si deux personnes conçoivent un enfant, l'avortement ne certainement pas la meilleure chose à faire. Mais maintenant, c'est à chaque individu de voir s'il est capable ou non d'appliquer correctement les principes bouddhistes.
Quel est votre avis sur l'euthanasie ?
Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Si vous n'êtes pas capable d'affronter votre vie, vous vous tuerez vous-même. Et si vous vous tuez vous-mêmes, c'est comme si vous placiez des bombes sur votre corps et que vous vous faisiez exploser : vous tuez également d'autres personnes. Ce n'est pas en accord avec le bouddhisme. Le bouddhisme pense que se tuer soi-même ou tuer un autre être humain revient au même. Vous devez à chaque fois faire face, quelque soit le problème rencontré.
... et si la personne est trop malade pour combattre ?
Quand vous êtes dans un stade de maladie avancée, vous devez aller jusqu'au fond de la maladie. Si vous ne faites pas cela, vous changerez seulement votre corps mais pas votre karma. C'est-à-dire que vous ne modifierez pas les causes de votre karma qui ont généré votre maladie. Et provoquer sa propre mort n'est certainement pas la meilleure voie pour améliorer son karma.
Et que penser du suicide ?
Je pense que le suicide est une mauvaise chose. Selon le bouddhisme, préserver la vie est quelque chose d'essentiel. Nous avons à sauver la « précieuse vie humaine » de tous : que ce soit la nôtre ou celles des autres. C'est un grand principe du bouddhisme.
La dépression est une maladie qu'on retrouve de plus en plus dans notre société.
Qu'est-ce que le bouddhisme peut apporter aux personnes dépressives ?
Je pense que le bouddhisme est une religion des plus appropriées car elle peut apporter beaucoup de choses. L'entraînement de l'esprit est, par exemple, très bon pour les dépressions naissantes. Beaucoup de points dans l'entrainement de l'esprit permettent de comprendre pourquoi tant de personnes sont dépressives. Cela permet d'être plus attentif et d'apporter plus de sympathie aux personnes en dépression.
Avec le bouddhisme, vous ne pouvez pas soigner la dépression mais vous pouvez comprendre les personnes dépressives. Le bouddhisme peut apporter beaucoup d'aide, comme différentes sortes de méditations qui peuvent aider à guérir.
Le bouddhisme est sur le point d'être reconnu officiellement en Belgique. Selon vous, que peut apporter le bouddhisme au pays ?
Il faut d'abord préciser que le bouddhisme n'est pas une secte mais bien une forme de grande compassion et de tolérance. Je pense que les principes du bouddhisme sont très bons pour la Belgique.
Il arrive que parfois, certaines personnes font des confusions parce qu’elles pensent que le bouddhisme est une secte. Et c'est souvent parce que ces personnes ont été mal informées.
Bon nombre de pratiquants ont appris et ont compris les principes du bouddhisme mais les enseignent de façon erronée à leurs élèves. Ces étudiants ne savent donc plus clairement ce qui est vrai, ce qui vient du bouddhisme ou non. On retrouve cela aujourd'hui partout dans le monde.
Selon moi, la meilleure chose à faire quand un étudiant a des doutes, c'est de retourner aux sources de ce que Bouddha a dit. Retourner le plus souvent possibles aux sources du bouddhisme est, selon moi, la voie la plus utile et la plus gratifiante. C'est dans cette optique que le bouddhisme pourra être utile pour toutes les nations du monde entier.
Mais par contre, toutes les sortes d'approches ésotériques du bouddhisme peuvent devenir des obstacles en enseignant des formes erronées du bouddhisme.
Je dois aussi rajouter que le bouddhisme est basé sur la compassion, la tolérance et la flexibilité. Cette religion ne doit surtout pas satisfaire seulement des désirs personnels. Tout bouddhiste doit être une personne de confiance pouvant aider ceux qui sont dans le besoin. Le bouddhisme n'essaye pas non plus de motiver les personnes à changer de religion.
Selon moi, être bouddhiste, c'est d'être véritablement capable d'être utile et d'être générateur de choses bénéfiques pour les autres, le tout dans une optique positive.
Interview réalisée en anglais le 13 mars 2008 à Bruxelles, traduction libre
Source de la photo : © Pierre Vangilbergen